Aperçu
Haïti reste en proie à une crise alimentaire de plus en plus grave, alimentée par l’escalade de la violence armée, des déplacements de population, un déclin économique prolongé, des prix alimentaires croissants et des chocs climatiques liés à El Niño.
Plus de 5,94 millions de personnes sont confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire
aiguë (Phase 3 ou plus de l’IPC) entre septembre 2026 et février 2027. Plus d’une personne sur deux ne peut donc pas accéder de manière régulière à une alimentation suffisante, ou doit recourir à des stratégies d’adaptation d’urgence relatives aux moyens d’existence pour y accéder. Environ 1,8 million de personnes (16 pourcents de la population) sont en situation d’Urgence (Phase 4 de l’IPC). La concentration des situations d’Urgence dans les zones touchées par l’insécurité, les déplacements et la marginalisation économique est particulièrement préoccupante. Ainsi, 10 des 30 unités d’analyse du pays sont classées en Phase 4, notamment les sites de déplacés, les groupes de population vulnérables des quartiers défavorisés de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince (zone de Croix-des-Bouquets et Tabarre, Port-au-Prince et Cité Soleil), ainsi que plusieurs zones de l’Artibonite, de la Grand’Anse, des Nippes, du Nord-Ouest et du Sud. Par rapport à la dernière analyse IPC, le nombre de personnes confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë a augmenté de 240 000.
L’insécurité demeure l’un des principaux chocs affectant les conditions de vie de la population haïtienne. Elle dépasse largement la violence physique et les déplacements de population, et constitue un facteur majeur de perturbation économique, sociale et territoriale. Ses effets sont particulièrement graves à Port-au-Prince ainsi que dans l’Ouest, l’Artibonite et le Centre. Dans ces zones, l’expansion des activités des groupes armés continue d’éroder les moyens d’existence des populations, de perturber la production agricole et d’entraver les flux commerciaux et le fonctionnement des marchés. Elle réduit aussi l’accès physique et économique des ménages à la nourriture et aux services essentiels. En raison de l’insécurité, le chômage augmente fortement et les niveaux de déplacements ont atteint des niveaux sans précédent.
Depuis août 2026, environ 1,49 million de personnes ont été déplacées, ce qui accentue la pression sur les communautés d’accueil et accroît la concurrence pour des ressources déjà rares. Parallèlement, la récession économique prolongée d’Haïti, le ralentissement de l’activité économique et la faible capacité budgétaire continuent de limiter l’accès à la nourriture. L’inflation, qui a atteint 17 pourcents en glissement annuel en août 2026, érode davantage le pouvoir d’achat des ménages. En outre, la hausse des coûts de transport, due à l’augmentation des prix du carburant, réduit la capacité de dépense des ménages, les contraignant d’avantage à faire des arbitrages entre leurs besoins alimentaires les plus urgents et d’autres besoins essentiels non alimentaires.
La légère détérioration de l’insécurité alimentaire est également due à des risques climatiques croissants. Haïti reste très vulnérable aux effets de l’épisode El Niño 2026-2027, compte tenu notamment de la forte dépendance du pays à l’égard de l’agriculture pluviale. Les déficits pluviométriques et les températures supérieures à la moyenne associés à El Niño affectent déjà la production agricole et menacent les prochaines récoltes, si elles perdurent pendant les mois d’hiver et printemps prochains. La baisse de la production agricole devrait limiter la disponibilité alimentaire et les revenus des ménages agricoles. L’Artibonite, la Grand’Anse et le Nord-Ouest sont susceptibles d’enregistrer les plus fortes baisses de production agricole en raison des conditions plus sèches que la normale induite par El Niño. Dans le même temps, de nombreux ménages parmi les plus vulnérables dépendent fortement de l’aide humanitaire pour couvrir leurs besoins alimentaires. Or l’ampleur de l’assistance reste insuffisante face à des besoins en forte hausse, en particulier parmi les personnes déplacées internes (PDI) et les résidents des zones touchées par l’insécurité, les déplacements, les chocs économiques et les contraintes d’accès humanitaire.
La situation de la sécurité alimentaire devrait se détériorer davantage pendant la période de projection de mars à juin 2027. Le nombre de personnes en situation de Crise ou pire devrait atteindre 6,35 millions, soit 57 pourcents de la population analysée, dont près de 2 millions de personnes en Urgence (Phase 4 de l’IPC). Quatre zones supplémentaires de l’Artibonite, du Sud-est et du Nord-ouest devraient basculer en Urgence (Phase 4 de l’IPC) sous l’effet combiné de l’insécurité, des difficultés économiques, des déplacements et des chocs climatiques.
L’assistance alimentaire humanitaire devrait se poursuivre dans plusieurs zones analysées, mais avec une couverture géographique et des rations réduites par rapport à la période actuelle. Dans la plupart des zones, l’assistance restera inférieure aux seuils de significativité de l’IPC. Seuls les Camps de déplacés font exception : une assistance modérément significative devrait toucher 59 pourcents de cette population et couvrir 25 pourcents des besoins journaliers en kilocalories. Globalement, l’assistance restera insuffisante pour compenser les effets combinés de l’insécurité, des déplacements, du déclin économique et des chocs liés à El Niño. À l’avenir, des efforts urgents sont nécessaires pour garantir une assistance alimentaire humanitaire élargie et sans entrave. Il est nécessaire d’investir dans le relèvement des moyens d’existence et dans des interventions de protection qui renforcent la résilience et réduisent la dépendance des ménages
aux marchés de plus en plus volatils. Une attention prioritaire doit être accordée aux populations les plus vulnérables, en particulier les PDI et les ménages touchés par l’insécurité, dont les capacités d’adaptation et les mécanismes de soutien social sont de plus en plus mis à rude épreuve.
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